mercredi 12 septembre 2007

6ème festival de Quatuor à cordes "Voix intimes"



Thème : Les Grands Quatuors français et wallons aux alentours de 1900


Pour sa sixième édition, le Festival de quatuor " Les Voix Intimes " propose de découvrir un panorama assez complet de la production des quatuors français et wallons aux alentours de 1900. On y trouve d'une part les ouvrages les plus célèbres qui constituent les fondements du répertoire de tout quatuor : Debussy et Ravel. D'autres, moins connus, mais qui commencent à être joués : Franck et Chausson, tandis que certains sont encore boudés : Fauré, Magnard, d'Indy, Lekeu...

Le quatuor à cordes aux alentours de 1900 constitue sans doute la plus belle illustration de ce lien musical étroit qui unit depuis longtemps la France à son petit voisin du nord. Deux compositeurs wallons vont d'ailleurs donner une impulsion définitive à la musique de chambre française vers la fin du XIXème siècle : Guillaume Lekeu, verviétois d'origine et précurseur de ce renouveau, mais qu'une mort prématurée empêche de donner le meilleur de lui-même, et César Franck, né à Liège, fondateur de l'école d'écriture qui porte son nom.

Cinq quatuors, trois belges (Spiegel, Alfama et Scaldis) et deux français (Ysaye et El ysée), auxquels se joindra le pianiste Jean-Claude Van den Eynden, partageront ce magnifique répertoire, dans un lieu – Tournai – qui accueillit en 1891 la création belge par le quatuor Ysaye du quatuor à cordes de César Franck.

C H R O N O L O G I E

Comme partout en Europe au XIXème siècle, la musique de chambre n'est à la mode ni en France ni en Belgique et les compositeurs sont alors tournés vers le théâtre, la musique d'église et le répertoire symphonique. La défaite de 1870 et les événements de la Commune font l'effet d'une douche froide sur la société française. La vie mondaine s'arrête et les Français se replient désormais sur leur vie intime en retrouvant notamment leurs racines.

Dans le domaine de la Musique, ce repli sur soi se traduit par la redécouverte de la musique de Chambre. La fondation en 1871 de la Société nationale de Musique, destinée à promouvoir les œuvres exclusivement françaises, marque le début d'une période d'essor sans précédent, notamment pour le quatuor à cordes. Wagner, qui ne s'est jamais intéressé à ce type de musique, incarne alors l'Allemagne conquérante et victorieuse. Rien d'étonnant donc à ce que de nombreux compositeurs français redécouvrent soudain les vertus oubliées des petites formations.

Les premiers essais de quatuors français sont toutefois voués à une certaine fatalité : Lalo (quatuor, 1859) parce qu'il arrive trop tôt pour être apprécié, le belge Lekeu (quatuor, 1887) parce que la maladie l'emporte avant de pouvoir donner la mesure de son talent, Chausson (quatuor, 1889) parce qu'une stupide chute mortelle à bicyclette l'empêche de terminer son quatuor.

Mais l'influence du belge César Franck sur le quatuor français est décisive : après la création à Paris et Tournai de son quatuor par le quatuor Ysaye (1891), la plupart des compositeurs vont alors écrire le leur, qu'ils se reconnaissent ou pas dans le franckisme : d'Indy, Ropartz, Debussy, Vierne, Saint-Saëns, Ravel, Magnard, Fauré...

Les grands quatuors français de la fin du XIXème siècle sont souvent des astres uniques issus d'une expérience de jeunesse ou de formation du style de leur auteur (Debussy, Ravel), ou des œuvres testamentaires qui expriment la pleine maîtrise de leurs moyens (Franck, Chausson, Fauré).

Tandis que résonnent les quatuors de la jeune école française à la Société nationale de Musique, Bruxelles apparaît comme un miroir d'une telle effervescence, grâce à l'enthousiasme du belge Octave Maus, qui, aidé du merveilleux Violoniste Eugène Ysaye et de son quatuor, entreprennent de faire découvrir ce répertoire dès 1888 au sein du Cercle des XX, rebaptisé La Libre Esthétique.

Dominique HUYBRECHTS.
Le site de Proquartetto